Dans l’attente d’un miracle

Dans l’attente d’un miracle

Avent 2018 - Le postulateur de la cause d’Anne de Guigné, le Père Nicolas Hédreul-Tanouarn, o.p., nous a adressé une belle méditation, en lien avec le temps de l’Avent, pour nous exhorter à la patience et à l’espérance dans l’attente d’un miracle permettant la béatification d’Anne. La cause d’Anne n’est pas, par ailleurs, une exception, beaucoup de béatifications et de canonisations intervenant bien souvent plus de cent ans après la mort du saint. Les causes d’enfants non martyrs ayant été arrêtées en 1932 jusqu’au décret de 1981 autorisant la reprise de ces causes, celle d’Anne a abouti très vite après cette date, en 1990, par la reconnaissance de l’héroïcité de ses vertus.

 

Chers amis,

 

La dévotion envers la vénérable Anne de Guigné revêt une lumière particulière face au mystère de Noël. L’attente du miracle qui doit conduire à la béatification s’inscrit dans celle des derniers temps et elle nous renvoie d’une certaine manière à l’attente de la venue d’un Sauveur de la part de l’ancien Israël. Les mêmes questions ou les mêmes perplexités s’y retrouvent : quand ? Pourquoi le Seigneur semble-t-il tarder à exaucer les prières de son peuple, alors qu’il n’existe aucun doute sur la bonté intrinsèque de ce que nous attendons et demandons ?

Le mystère des temps de Dieu est très présent dans la célébration de Noël. Pourquoi tant de générations ont dû attendre pour voir et entendre le Messie et ceci en vain pour un très grand nombre d’entre-elles ? Le caractère apparemment vain de cette attente déçue pourrait humainement se comprendre face à des générations mauvaises ou perverses, pour reprendre l’expression de Notre Seigneur (« cette génération est une génération mauvaise » Lc 11, 29) en jetant un doute sur l’authenticité spirituelle de cette attente ou sur sa sincérité, mais elle s’étend également aux justes : « En vérité je vous le dis beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu » (Mt. 13, 17). En fait nous n’avons pas la clef du mystère des temps divins que Saint Paul résume simplement en un sobre « lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils né d’une femme né sous la Loi afin qu’il racheta ceux qui étaient sous la Loi… » (Gal. 4, 4). Les temps étaient accomplis ! Une réponse qui répond sans répondre puisque nous ne savons toujours pas ce que ces temps pouvaient bien avoir de si particulier par rapport à ceux des autres générations, ni même d’ailleurs si les temps de l’accomplissement devaient avoir humainement quelque chose de particulier. Sur ce point le Seigneur ne dévoile pas les motifs de son choix temporel. De manière analogue, comme ces générations antiques étaient justement convaincues de la volonté salvifique du Dieu d’Israël, nous sommes certains de l’union définitive de notre chère vénérable au Seigneur. Cette certitude n’est plus seulement de l’ordre de la dévotion privée mais a déjà une dimension ecclésiale par la proclamation solennelle de l’héroïcité des ses vertus. Cependant Dieu n’a pas manifesté (à notre connaissance) aucun signe miraculeux de cette union. Anne dans sa naissance au Ciel est associée à l’œuvre du salut du Seigneur mais, parallèlement aux multiples grâces spirituelles concédées aux personnes touchées et guidées par l’exemple de l’itinéraire spirituel de notre vénérable, aucun signe éclatant contredisant l’ordre naturel des choses et complétant les voies ordinaires de la grâce sanctifiante, n’est venu confirmer ou rappeler cette réalité. Nous ne savons pas quand ce ou ces signes seront accordés et nous nous retrouvons à partager dans l’attente du miracle les sentiments du prophète Isaïe lorsqu’il appelait un signe de la proximité du Très Haut dans des temps bien obscurs, en de nombreux points assez similaires aux nôtres : « Nous sommes depuis longtemps comme un peuple que tu ne gouvernes pas, sur lequel ton nom n’est pas invoqué ; Oh ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais, les montagnes frémiraient devant toi » (Is. 63, 19). Devant cette attente qui nous semble si longue, comme les enfants trouvent bien long les temps de l’Avent qui les séparent du jour de la fête, la tentation existe de renoncer au don de Dieu. Pourquoi ne pas procéder directement à la béatification sans attendre la venue d’un miracle ? Pourquoi ne pas nous faire nous même plaisir, sans attendre le bon vouloir divin ?

Ils ne sont pas rares ceux qui se font eux même des cadeaux en disant qu’ainsi ils ne sont pas déçus par ce qu’il reçoivent dans des temps immédiats et pallient ainsi à ce qu’ils appellent l’indifférence de leurs proches. Il n’est pas impossible de rencontrer parmi « les amis d’Anne » certaines personnes tentées par l’esprit boudeur des enfants peu dociles (ce qu’était Anne avant sa conversion) qui ne trouvent pas inconvenant de pousser l’Église à forcer l’ordre des choses en procédant à la béatification sans le signe du miracle. C’est oublier que la proclamation d’un saint et la concession du culte liturgique solennel et communautaire qui l’accompagne, n’appartiennent pas à l’œuvre humaine comme ne l’est pas plus l’œuvre de notre Rédemption. La béatification n’est pas une célébration qui a pour but principal de nous faire plaisir et de suivre la logique de notre bon plaisir. Cette attente rappelle que la béatification est l’œuvre de Dieu, comme l’est toute notre Rédemption qui se base sur l’initiative divine de celui qui nous a aimé en premier (1 Jn 4,19). Loin de « taper du pied » spirituellement comme signe d’impatience, croyant donner ainsi des signes de l’ardeur de notre dévotion, nous ne manifestons ainsi que les limites de notre docilité aux voies de Dieu. Notre espérance devrait être au contraire joyeuse car l’attente participe à la joie de la fête et en augmente l’éclat, à l’image de celle des petits enfants qui vibrent déjà dans les jours qui précèdent Noël dans l’attente des jouets. La joie ne commence pas lorsque l’on déballe les cadeaux, elle est déjà présente dans la certitude du don. Cette sérénité trouve sa source dans la certitude de l’amour de Dieu pour chacun de nous. Elle illumine jusqu’au mystère incompréhensible des voies de Dieu et elle appartient pleinement au message d’Anne de Guigné, à l’esprit qui a guidé son itinéraire de conversion et de perfection chrétienne. Le terrible coût du salut qui se manifeste dans le Sacrifice sanglant du Sauveur se reflète dans le souvenir du centenaire du terme de la guerre qui coûta la vie au capitaine de Guigné plongeant sa famille dans le deuil mais étant également l’occasion de la conversion d’Anne et donc d’une victoire de la lumière au milieu de terribles ténèbres.

Déjà en nous définissant les amis et les dévots d’Anne de Guigné, nous goûtons la joie de son accompagnement spirituel mais cette joie ne peut être pleine que si elle est en large mesure partagée, un peu comme l’enseigne saint Jean au début de sa première lettre, expliquant qu’il annonce avoir vu, regardé touché le Verbe de Vie qui était près du Père afin que nous puissions nous aussi entrer en communion et qu’ainsi la joie soit totale (1 Jn 1, 4). C’est ce désir de partage qui motive notre persévérance à demander à Dieu le miracle qui permettra la béatification solennelle de notre chère Anne et de la poser comme petite lampe du Seigneur sur le chandelier du témoignage des merveilles de Dieu afin de contribuer à éclairer tous ceux qui sont dans la Maison du Seigneur (Mt. 5, 15).

 

Avec mes vœux pour un Saint Noël !

 

Père Nicolas Hédreul-Tanouarn, o.p.

Postulateur de la cause d’Anne de Guigné

 

Postulazione per la causa di Beatificazione di Anne de Guigné

Convento Santa Maria sopra Minerva

Piazza della Minerva, 42

00186 Roma

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