Deuxième objection

Mais, du moins, la mort de son père, à l’âge où l’enfant est le plus réceptif aux chocs émotionnels, n’a-t-elle pas “marqué” Anne au point que l’on puisse craindre chez elle une obsession du sacrifice, un certain “masochisme”, dû, semble-t-il, à ce traumatisme affectif, créé dès sa plus tendre enfance et entretenu par la vue de la douleur de sa mère ?

 

Allons-nous parler de “masochisme”, de “narcissisme”, de je ne sais quel mot en “isme”, pour découvrir un complexe morbide dans l’âme exquise, fraîche et lumineuse de notre petite Servante de Dieu ?

Que non ! Nous avons le témoignage constant d’une joie profonde, intense, désintéressée chez la petite Anne mais nous savons aussi, qu’éclairée par le Saint-Esprit, elle fut une âme “intérieure” ; elle sut « habiter son âme ». Quoi d’étonnant, alors, à ce qu’elle ait compris ce que Bossuet appelle « l’épouvantable sérieux de la vie humaine », ce qu’Emmanuel Mounier appelait « l’optimisme tragique de la Rédemption », du fait que chacun peut être sauvé, mais que chacun aussi peut faire que “la” rédemption ne devienne pas “sa” rédemption. C’est sous cette lumière de l’horreur du péché, de l’amour de Dieu offensé et du pécheur en danger qu’il faut « comprendre Nénette », selon l’expression de son institutrice.

La Revue diocésaine d’Annecy (1956), ici encore, situe bien le problème et indique la solution : « Toute l’éducation d’Anne est fondée sur le sacrifice… Certains éducateurs trouvent même qu’il tient une trop grande place ; ils feront appel à je ne sais quel complexe pour expliquer telle ou telle de ses réactions. Il est inutile de faire appel à la psychanalyse pour expliquer les sacrifices d’Anne : Anne était une petite fille très saine, très équilibrée, très épanouie. Elle était tout simplement animée d’un grand amour de Dieu et ses sacrifices sont toujours commandés par la charité : faire plaisir aux autres et prouver son amour à Dieu. Si elle lutte avec tant de force et constance contre son caractère jaloux, autoritaire, irascible, indépendant, c’est pour consoler sa mère devenue veuve, c’est pour faire plaisir aux personnes de son entourage et, surtout, « pour que Jésus soit content ».

Le sacrifice, souvent il est vrai mal compris, est peu à l’honneur aujourd’hui en éducation… on le condamne au nom de l’épanouissement.

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M.-D. Poinsenet, dans son ouvrage Sous la motion de l’Esprit : Anne de Guigné, traite aussi des sacrifices de Nénette (p. 39) :

« … Depuis sa “conversion” Anne a compris le sens du sacrifice. Et, ce sens, il faut le souligner, le Saint-Esprit tout seul a pu le mettre en elle à ce degré. Mais elle aussi, sous la motion de la grâce qu’elle n’a pas contrariée, a su s’y conformer avec une merveilleuse fidélité.

Nous avons trop tendance, peut-être, à ne considérer le sacrifice que sous son aspect négatif du renoncement. Il est cela, sans doute, mais il est d’abord reconnaissance de la grandeur et de l’universelle souveraineté de Dieu. Il est d’abord sacrifice de louange, et, même sans le péché, il eût existé comme tel, encore qu’il n’eût point comporté pour nous de souffrance.

La vraie notion de sacrifice ne doit pas séparer ces deux aspects, sous peine d’en fausser le sens et de rebuter les âmes : on ne se renonce pas pour se renoncer ; on se renonce pour suivre le Christ et c’est tout différent ! Car, à celui qui aime, le sacrifice devient cause de joie s’il lui permet de réaliser une union plus intime avec l’être aimé.

Il nous faut prendre garde : les petits sont accessibles d’une façon étonnante à cette notion du sacrifice par amour ».

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Mademoiselle Basset écrivait dernièrement : « Anne n’était pas une “obsédée” pour faire des sacrifices ; elle aimait le Bon Jésus, voulait, par ses sacrifices, obtenir des grâces, surtout pour les pauvres pécheurs. »

« Je Lui parle surtout des pécheurs », expliquait-elle à sa maman, en parlant de ses actions de grâces. Le saint Curé d’Ars ne voyait pas les choses autrement : « Prions donc pour la conversion des pécheurs : c’est la plus belle et la plus utile des prières, car les justes sont sur le chemin du ciel, les âmes du purgatoire sont sûres d’y entrer, mais les pauvres pécheurs !… Toutes les dévotions sont bonnes, mais il n’y en a pas de meilleure que celle-là. » Et si nous nous étonnons alors de la joie d’Anne, le saint Curé d’Ars nous en révèle le secret : « Ce qui fait que nous n’aimons pas Dieu, c’est que nous ne sommes pas arrivés à ce degré où tout ce qui coûte fait plaisir. » Oui, Anne fut heureuse, profondément heureuse : elle vécut dans la joie de « vivre d’amour », comme sainte Thérèse de Lisieux, de tout donner par amour, et de le prouver en prenant, en embrassant la croix chaque jour !

Nous pouvons conclure avec la Revue d’Annecy : « Dans la vie d’Anne, le sacrifice tient une grande place, et quel enfant fut plus joyeux, plus épanoui qu’elle ! » Puis avec son institutrice : « L’équilibre moral de la petite Anne, on peut en parler en toute sécurité ».

 

Première objection Troisième objection

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