Peut-être vous souvenez-vous de cette anecdote : Anne de Guigné, entrée dans la chambre de ses grandes cousines, découvre du désordre sur un lit : « Oh !, dit-elle, ton chapeau et tes gants sont restés là ». Ce n’est pas un reproche, seulement de l’étonnement de la part de la petite fille, si ordonnée et si soigneuse… Serait-ce une manie chez Anne ? Non ! Plutôt le rayonnement à l’extérieur de l’harmonie qui s’était faite dans son âme. L’ordre et la paix régnaient dans son intelligence, toute tournée vers Dieu et vers ce qu’Il lui révélait à travers les leçons de catéchisme, qu’Anne goûtait si profondément et qui la tournaient vers le ciel comme vers sa fin. Dans la lumière divine, elle découvrait la vraie valeur des choses : « Messire Dieu premier servi ! », aurait-elle pu dire avec sainte Jeanne d’Arc. L’ordre et la paix régnaient dans sa volonté, rendue conforme à celle de Dieu au prix d’un dur combat, mené avec ténacité, jusqu’à l’oubli complet d’elle-même. Madame de Guigné a pu écrire de sa fille : « Son abandon et sa confiance dans la Providence étaient admirables. Que de fois ne m’a-t-elle pas dit, en me voyant souffrir cruellement : Maman, n’ayez pas de chagrin pour cela ; puisque le bon Dieu le permet, c’est sûrement pour notre bien. Pourquoi se faire de la peine des choses puisque Dieu est là ». L’ordre et la paix régnaient dans tout son être et son agir par les vertus et les dons du Saint-Esprit. Parce que l’enfant avait mis ordre à ses passions, elle rétablissait l’ordre spontanément autour d’elle. Parce qu’elle était devenue douce, elle traitait avec soin aussi bien ses affaires que celles d’autrui. Répandre l’harmonie partout était une de ses notes caractéristiques, aussi bien dans les choses qu’entre les personnes, à commencer par ses frère et sœurs. À l’occasion de l’entrée dans une nouvelle année, pourquoi ne pas faire le tour du propriétaire afin de découvrir les recoins de notre conscience et de notre maison qui nécessiteraient un brin de ménage ? Quel beau cadeau nous pourrions offrir à l’Enfant-Jésus à Noël : un peu plus d’amour et de délicatesse envers Lui et les dons gratuits qu’Il nous fait…Posons-nous quelques question : prenons-nous soin de ce et de ceux que Dieu nous confie, ou bien sommes-nous des intendants brouillons, habitués au gaspillage ? Sommes-nous des artisans de paix et de joie, ou des facteurs de trouble ? Nos foyers sont-ils à l’image de l’océan tranquille qu’est la sainte Trinité, ou à l’image d’une conscience désordonnée ? Que la Vierge Marie, si parfaite maîtresse de maison à Nazareth, si douce et si paisible, nous enseigne à lui ressembler comme Elle l’a appris à la Vénérable Anne de Guigné ! Saint et joyeux Noël ! Une moniale bénédictine |