Lettres inédites de Madame de Guigné

Lettres inédites de Madame de Guigné

C’est avec joie que nous publions deux lettres inédites d’Antoinette de Guigné (1886-1978) à sa sœur ainée, Louise de Charette de la Contrie (1867-1946), en religion Mère Saint-Joseph, de la Congrégation des Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire. Ces deux lettres nous ont été aimablement communiquées par l’archiviste des Sœurs Auxiliatrices à Paris. Elles ont été écrites très peu de temps après la mort d’Anne survenue le 14 janvier 1922. L’intimité fraternelle donne à ces missives un ton d’une grande vérité et sincérité. On peut relever deux points particulièrement émouvants : la conviction de Madame de Guigné de la perfection de sa fille ainée, bien avant que la réputation de sainteté d’Anne ne se répande à travers le monde et la grande humilité de cette maman se sentant indigne d’être la mère d’une enfant si sainte.

Lettre du 31 janvier 1922

Cannes le 31 janvier 1922.

Ma Loulou chérie, je suis bien en retard avec toi et je m’en excuse mais tu sais bien que si je l’avais pu c’est avec toi que j’aurais aimé parler longuement de notre chère petite sainte au lieu de répondre à quantité de lettres de gens plus ou moins indifférents.

Lettre Antoinette de Guigné 31 janvier 1922

J’ai rédigé de mon mieux une relation de la maladie de ma petite chérie ; je t’en envoie un exemplaire que tu pourras garder si tu le désires. Mlle1 m’en copie d’autres et j’en enverrai un directement à Guiguitte2.

J’avais pensé tout de suite à te réserver une des médailles de Nénette mais elle n’en portait que 3 et elles sont en or. C’est ce dernier détail qui m’a arrêtée car je me demandais si tu pouvais garder une médaille d’or. J’ai aussi pensé à sa croix de 1ère communion qui est en argent ; elle l’aimait beaucoup et la baisait chaque soir. Je l’ai mise sur elle tout le temps que la chère petite dépouille est restée exposée. Si cela peut te faire plaisir je te l’enverrai bien volontiers. – Si tu peux garder une médaille d’or ce sera encore le mieux. – Je joins à ma lettre une petite mèche de ses cheveux que nous avions coupés au milieu de la maladie : ils n’ont pas été désinfectés mais je crois bien vraiment que c’est sans aucun danger.

Avec quelle immense douceur j’ai lu dans ta lettre que tu avais obtenu une grâce par l’intercession de ma Nénette ; rien ne peut me consoler davantage. C’est une assurance de plus de son bonheur.

Dès que nous nous sommes un peu ressaisies Mlle et moi, nous avons de suite pensé à réunir tous nos souvenirs sur Anne et j’avais écrit à Mère St Raymond3 pour lui demander son concours mais toutes trois nous sommes déçues de n’arriver qu’à donner un reflet si pâle de ce qu’a été notre petite sainte : je dis néanmoins qu’il faut continuer et que si N.S. veut en tirer quelque bien Il daignera y attacher la grâce nécessaire.

J’ai reçu une bien bonne lettre du Père A. Cela m’a fait du bien. Je suis dans la plus grande paix et nombre de gens doivent me croire insensible mais la blessure est profonde. Dieu m’enlève successivement ce que j’aime le plus au monde et c’est effroyablement douloureux. A côté du brisement du cœur il y a la joie surnaturelle de l’âme et elle est bien grande, je t’assure, car je comprends tout le prix des grâces que Dieu m’a faites en me donnant un saint pour mari et une sainte pour enfant. À tous deux je demande la grâce de savoir les imiter.

Ma santé n’est pas bien brillante quoique j’aie repris à peu près ma vie. J’éprouve une grande lassitude bien compréhensible du reste. Le Dr Faure me suit de près et avec un vrai dévouement.

Les petits sont assez bien et sont très gentils. Pour eux aussi Anne continue son action sanctifiante. Veux-tu remercier Mère Antoinnette en attendant que je puisse le faire.

J’ai vu Mère Ste Marcelle comme elle te l’a écrit et j’en ai été bien heureuse. […]

Au revoir ma Loulou chérie. Je t’embrasse bien bien tendrement et te reste bien unie.

Ta petite sœur Antoinette

Antoinette de Guigné 1930

Antoinette de Guigné dans les années 1930

1 Mademoiselle Madeleine Basset (1891-1977), gouvernante des enfants, qu’Anne avait surnommée affectueusement Demoise.

Lettre du 30 mars 1922

Cannes le 30 mars 1922.

Ma Loulou chérie, je t’ai adressé hier les deux petites notices rédigées par Mlle et moi sur la chère petite sainte. Il était presque impossible de rendre ce charme tout surnaturel qui idéalisait ses actions les plus simples. On a l’impression de ne pas pouvoir la faire connaître mais je ne doute pas que si le Bon Dieu veut que cette petite biographie fasse du bien Il donnera à ceux qui la liront une lumière spéciale pour en pénétrer le surnaturel et le divin.

La chère petite continue à m’obtenir une paix et une joie immenses avec le sentiment de son bonheur parfait. Bien souvent je ne trouve pas de mots pour dire au Bon Dieu mon infinie reconnaissance lorsque je pense à ce qu’a été cette enfant et à la grâce qui m’a été faite de la posséder, moi si indigne et si misérable. Je reste anéantie devant cette libéralité divine, tant d’autres eussent été plus dignes que moi de cette immense faveur.

Louis de Charette de la Contrie

Mère Saint-Joseph (Archives Sœurs Auxiliatrices)

Et puis comment remercier de ces grâces qui viennent chaque jour de tout part me dire que mon enfant est auprès de Dieu et que son cœur aimant reste sensible à nos désirs et se plait à intercéder pour nous ! De plus il me semble qu’Anne ne veut pas voir séparer son âme de celle de son père maintenant qu’elles sont réunies et je ne puis prier l’une d’elles sans que l’autre ne se présente à mon esprit et je vois encore là une délicatesse de mon enfant bien aimée.

Savoir son enfant définitivement sauvée, heureuse pour toujours et avec cela veillant d’une façon sensible sur ceux qui luttent encore ! Que peut-on voir de plus consolant et de plus doux !

Aide moi à remercier car tant de grâces me confondent. Je viens de recevoir ta lettre du 27 et t’en remercie tendrement. Par toi j’apprends toujours de nouvelles faveurs obtenues par ma chérie et cela m’est infiniment doux.

La chère petite continue à vivre tellement parmi nous que les enfants en parlent et l’invoquent sans cesse. L’autre jour Jojo avait mal à l’œil et j’appliquais dessus un ouataplasme chaud. Voyant qu’il souffrais je lui offre de l’ôter et il me répond : « Non maman, Nénette en a supporté bien d’autres. Elle me donnera bien la force de le garder tant qu’il faudra ». […]

Je prie spécialement Nénette en ce moment pour la pauvre Paule. Son âme est torturée en ce moment par le doute et une sorte de révolte qui la martyrisent et me fait peur parfois. Nulle part elle ne trouve la paix dont elle aurait tant besoin et cela fait une vraie peine. Intercède aussi avec moi s’il te plait.

Madame Basset et Demoise partent pour Paris le samedi saint ou plutôt le jour de Pâques ; elles voudraient aller te voir le mardi ou mercredi de Pâques. Si cela te dérange ou si tu as une préférence de jour dis-le moi. […]

Mon Jojo est au lit avec un gros rhume sans gravité. Le reste de la maison est en bonne santé. Je t’embrasse bien tendrement ma Loulou chérie et te reste toujours unie.

Antoinette.

2 Marguerite de Charette (1878-1941), en religion Mère Saint-Alain, des Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire, comme sa sœur ainée.

3 Mère Saint-Raymond (1872-1928), des Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire, catéchiste d’Anne entre 1916 et 1921.

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