Notice biographique – Jacques de Guigné (1883-1915)

Jacques de Guigné a laissé le souvenir « d’un homme d’une rare noblesse de sentiments, et aussi généreux que véritablement humble ». Il formera « avec Antoinette de Charette, sa jeune épouse, et pendant les trop courtes années où ils vivront ensemble, le plus radieux des couples, unis par un amour d’une rare qualité, avec une note assez nouvelle pour l’époque de spontanéité et de fraîcheur ». (Renée de Tryon-Montalembert – Anne de Guigné : enfance et sainteté, Éd. Saint-Paul, 1989).

Le 29 octobre 1883, à Songei-Sikambing, sur la côte est de l’île de Sumatra, un petit Jacques naît au foyer de Paul et Julie de Guigné. Il vient au monde après deux sœurs, Hélène et Anna. La famille rentre en France dès 1886 et s’installe dans la région de Bordeaux, puis quelques années plus tard à Annecy-le-Vieux en Savoie. Jacques fait de bonnes études d’abord au collège jésuite de Toulouse, puis au collège de Tivoli à Bordeaux. En 1900, il rejoint l’Ecole Sainte-Geneviève, alors installée rue des Postes à Paris, pour y préparer Saint-Cyr. Il réussit le concours et intègre l’école le 30 octobre 1902.

Il sort de Saint-Cyr dans un rang très honorable, 57e de sa promotion sur 347 élèves-officiers. Il est noté comme « bien doué sous tous les rapports, beaucoup de bonne volonté. Doit faire un très bon officier. » À sa sortie, il choisit l’infanterie. Sous-lieutenant, il est alors affecté au 13e Bataillon de chasseurs alpins. Il y réussit bien malgré sa jeunesse, 21 ans. Il est promu lieutenant le 1er octobre 1906. L’expérience aidant, il s’affirme comme un chef et un instructeur de valeur, attentif à ses subordonnés.

jacques-de-guigne2

Le lieutenant Jacques de Guigné au 13e BCA

A la fin de 1909, sa vie change de cap du fait de circonstances familiales : il quitte le service actif pour aider son père, Paul de Guigné, qui vient de perdre en mars son épouse et sa fille Anna. C’est au cours de ces mois que Jacques, qui a 26 ans, fait la connaissance d’Antoinette de Charette. Après des fiançailles heureuses, ils se marient le 30 mai 1910 à Aubigny dans l’Allier. De cette union, vont naître quatre enfants : Anne (1911), Jacques (1912), Magdeleine (1913) et Marie-Antoinette (1915).

Ces quatre années qui précèdent le déclenchement de la Grande Guerre, malgré le regret d’avoir dû quitter le métier des armes, ont certainement été des années de bonheur pour Jacques et sa famille qui séjournait alors à Annecy-le-Vieux, occupé par la conduite des affaires familiales, mais aussi dans l’Allier à Aubigny, chez son beau-père, Alain de Charette.

L’atmosphère du foyer est profondément imprégnée de vertus humaines et chrétiennes. Jacques, par ailleurs, se dévoue sans compter à des œuvres paroissiales et dans la cité.

jacques-de-guigne3

Jacques de Guigné au début des années 1910

La Guerre

Lorsque la guerre éclate, le lieutenant de Guigné est rappelé en activité le 2 août 1914, lors de la mobilisation générale. Il rejoint le 53e BCA, comme adjoint au Chef de Corps puis comme commandant de compagnie de chasseurs. Il va s’illustrer successivement en Haute Meurthe, près de Saint-Dié, puis dans la Somme, dans la région de Péronne, lors de la première bataille de la Somme, enfin dans les Vosges à l’assaut du célèbre Hartmanns-willerkopf avant son dernier engagement dans le massif du Linge, au Barrenkopf.

jacques-de-guigne5

Anne dans les bras de son père (1911)

Il est blessé une première fois le 30 août 1914 en attaquant les positions allemandes avec sa compagnie, à Saulcy, au sud de Saint-Dié. Après un mois de convalescence, il rejoint son bataillon dans la Somme. Ces combats de la première bataille de la Somme interviennent après les fameuses batailles de la Marne du 6 au 11 septembre 1914. C’est au cours des combats dans le secteur de Frise que Jacques de Guigné est blessé une seconde fois le 21 octobre 1914. Il est évacué vers les hôpitaux de Saumur puis d’Angers où il séjourne environ six semaines avant de rejoindre Annecy-le-Vieux pour sa convalescence. Sa blessure est plus sérieuse et longue à cicatriser. Il a montré à l’occasion de cette affaire du courage et du sang froid qui lui valent une citation et l’obtention de la Légion d’honneur au grade de chevalier.

À sa demande, il retrouve le 53e BCA en Alsace dès le 7 février 1915 pour participer aux combats de l’Hartmannswillerkopf comme commandant de compagnie.

Le 9 février 1915, il participe à une attaque des positions allemandes en direction de la ferme Südel, à trois km de l’Harmanns-willerkopf. Le lendemain, les Allemands tentent de reprendre le terrain perdu. C’est au cours de cette contre-attaque que le lieutenant de Guigné est blessé pour la troisième fois. La blessure est très grave. Il est transporté à Lyon et son état inspire les pires inquiétudes. Il y reçoit la visite de son épouse accompagnée de ses deux ainés.

Après sa convalescence jusqu’en avril 1915, Jacques de Guigné est affecté au 114e BCA. Il le rejoint le 3 mai 1915. Il est promu capitaine le 14 juillet. Il va alors participer aux combats sur le massif du Linge en juillet 1915. Il tombe à la tête de sa compagnie dans l’attaque du Barrenkopf, le 22 juillet 1915. Son corps ne pourra être rapatrié vers les lignes arrières car la zone des combats est sous le feu permanent des Allemands et subira pendant plusieurs jours les attaques d’artillerie des deux camps. Les pertes du 114e BCA seront dramatiques puisque 13 officiers et 442 chasseurs, sur environ 1500 hommes que comptait un bataillon de chasseurs alpins, trouveront la mort ce même 22 juillet 1915.

Le capitaine de Guigné reçoit à titre posthume la Croix de Guerre avec palme et une citation à l’ordre de l’armée : « Officier d’une énergie et d’une bravoure superbes. Trois fois blessé au cours de sa carrière, revenu trois fois au front, est glorieusement tombé en entraînant sa compagnie sous un feu des plus violent. »

antoinette-de-guigne

Antoinette de Guigné

Retour à la page : 2015 Centenaire du décès du Capitaine de Guigné.

Site officiel de l’association

Les Amis
d’ Anne de Guigné

Nous soutenir

Rechercher

Plus d'articles