Obéissance

« Comme un enfant »

« En vérité je vous le dis : Si vous ne changez pas et ne devenez comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » (Matthieu 18, 3).

Devenir comme les enfants ! Qu’est-ce que Jésus peut bien entendre par là ? Désire-t-il nous voir retomber en enfance et adopter un langage et un comportement puérils ? Nous sentons bien que ce serait ridicule et que la chose est plus subtile que ça… Nicodème l’avait bien perçu : « Comment un homme peut-il naître, quand il est vieux ? Peut-il entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère et renaître ? » (Jean 3, 4). Non, évidemment.

Jésus dit d’ailleurs : « devenir comme les enfants », et non : « redevenir enfant ». Et nous sommes justement devenus enfants adoptifs de Dieu par le baptême. La relation filiale à Dieu est donc inscrite au plus intime de notre être. Ce que Jésus nous demande, c’est de devenir pleinement fils et filles du Père céleste en consentant à dépendre de Lui comme un enfant de ses parents. Oui, en y consentant, car ce n’est pas chose facile pour une grande personne raisonnable… Comme nous voulons conduire nous-mêmes notre destinée et nos affaires ! Combien de fois ne prions-nous pas en déformant – oh, inconsciemment ! – la demande du « Notre Père » : « Que ma volonté soit faite » !

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Anne de Guigné a beaucoup à nous apprendre dans ce domaine. L’obéissance était devenue chez elle comme une seconde nature, nous dit-on. Car c’est bien d’obéissance qu’il s’agit. Certes, le mot nous fait peur. Nous redoutons de perdre notre sacro-sainte liberté… Et puis, l’obéissance, n’est-ce pas pour les petits enfants et pour les religieux seulement ?

À la source de cette méfiance, il y a d’abord une fausse conception de la liberté. « La liberté ce n’est pas faire ce que je veux, mais vouloir ce que je dois », c’est-à-dire qu’on n’est vraiment libre qu’en entrant délibérément dans le plan d’un Autre, dans le grand projet d’amour que Dieu a sur chacun de nous. Parce que nous sommes faits pour Dieu, pour adhérer à Sa sainte volonté !

Dans ce sens, Notre-Dame est la créature la plus libre qui soit quand elle dit son Fiat lors de l’Annonciation. C’est le péché et notre volonté propre qui nous gênent et nous entravent. Or Marie est l’Immaculée Conception, ce qui la rend souple et docile, toute disposée à entrer dans les desseins du Seigneur.

L’obéissance est la vertu attachée à l’enfance, c’est vrai, et puisque nous sommes enfants de Dieu il nous faut la pratiquer si nous voulons aimer en vérité notre Père du ciel. « Obéir c’est aimer », disait sainte Bernadette. Que nous soyons consacrés à Dieu ou non ! Me revient la boutade d’un ami. À son voisin qui, afin d’échapper à son devoir, déclarait :« Je n’ai pas fait vœu d’obéissance ! », il avait répondu :« Vous êtes marié, donc vous avez fait vœu d’obéissance ! ». Eh oui ! Le mariage est aussi le lieu d’une dépendance mutuelle, où chacun cherche non seulement à faire plaisir à l’autre, mais à accomplir la volonté divine avec et à travers l’autre…

Il faut dire, à notre décharge, que cette Volonté nous surprend souvent, nous rabote et nous émonde. L’amour paternel de Dieu est ferme, exigeant, à la fois tendre et viril. Il veut nous faire grandir et nous purifier, en vue de notre salut et de notre sainteté. Devant les difficultés, les épreuves de toutes sortes, les devoirs pénibles à remplir, les services à rendre, les rencontres désagréables, nous pouvons toujours réagir à l’instar de cette visitandine qui se recueillait un instant puis lançait en relevant la tête : « C’est ce que je voulais ! ». Adhérer aux exigences de l’amour divin ne sera jamais facile, mais avec le secours de la grâce nous nous assouplirons peu à peu. Et, cerise sur le gâteau, la joie véritable nous sera donnée.

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Anne murmurait jusque dans le demi-sommeil : « Oui, Maman », écho du « Oui, Père » de Jésus (Matthieu 11, 26). Elle a vécu à fond la joie de se donner dans une obéissance immédiate et totale. Puisse-t-elle nous aider à progresser sur ce rude chemin par lequel nous retournons à notre Père, tels l’enfant prodigue, nous que la désobéissance du péché originel avait détournés de Lui. C’est la grâce qu’il nous faut demander avec persévérance. – Une moniale bénédictine.

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