Anne et Elisabeth

En 1969, Marie-Dominique Poinsenet faisait paraître aux Editions Saint-Paul une biographie d’Elisabeth Catez (1880-1906) sous le titre Cette présence de Dieu en toi… Quelques années plus tard, en rédigeant une nouvelle biographie d’Anne de Guigné, elle fût frappée par la ressemblance de la vie de cette enfant avec celle de la carmélite de Dijon. En annexe de Lorsqu’une enfant rencontre Dieu, elle publia le texte que nous donnons ci-dessous. Depuis, la cause d’Elisabeth a abouti à sa béatification le 25 novembre 1984 puis à sa canonisation, tout récemment, le 16 octobre 2016. Aussi, nous espérons vivement, pour la petite Anne, une heureuse conclusion de sa cause dans les années à venir. Nous vous encourageons à prier Sainte Elisabeth de la Trinité d’intercéder pour sa cadette.

Il me semble qu’il ne soit pas dénué d’intérêt de proposer ici, brièvement, l’étonnant parallèle que l’on peut relever dans le cheminement vers le Seigneur d’Anne de Guigné – 1911-1922 et d’Elizabeth Catez (Sœur Elisabeth de la Trinité) – 1880-1906.

Pour l’une et pour l’autre, le procès informatif en vue d’une béatification possible, est chose faite. À Rome, la Cause de l’une et de l’autre est à l’étude.

Un trait commun chez les deux enfants, est manifestement la violence, la volonté farouche, indomptable.

La photo d’Anne et celle d’Élisabeth, avant leur troisième année, est caractéristique. Chacune des petites filles, obligée, à son corps défendant, de poser devant l’objectif du photographe, semble jeter au monde un regard de défi.

Sous-titre éventuel

– Prends ton papeau, et va te mener ! criait la petite Anne au médecin venu pour la soigner.

– Méchant cuyé ! Rends-moi ma Jeannette ! hurlait en trépignant, au milieu d’une cérémonie paroissiale, la petite Elisabeth de 19 mois.

Sa mère avait cru, en effet, sans attirer l’attention d’Élisabeth, pouvoir prêter sa poupée pour figurer l’Enfant Jésus de la crèche, au cours d’une mission paroissiale.

« Nature violente et colère », constate lucidement Mme Catez au sujet de sa fille. Et Mlle Gremeaux, l’institutrice d’Élisabeth : « Elle a une volonté de fer. Il faut qu’elle arrive à ce qu’elle désire. »

« Je plains sa mère quand elle aura 20 ans », déclare le grand-oncle d’Anne.

Elisabeth Catez à 2 ans

Elisabeth Catez à 2 ans environ.

Et l’un des vicaires de la paroisse Saint-Michel de Dijon, l’abbé Sauvageau, qui a préparé Elisabeth à sa première communion : « Oh ! Elisabeth Catez, avec sa nature, sera un ange ou un démon. »

La « conversion » pour l’une et l’autre enfant coïncide avec la mort brutale de leur père.

Le capitaine de Guigné trouve la mort, au cours de la guerre, en juillet 1915. Il laisse quatre enfants. Anne, l’aînée, a 4 ans et 3 mois.

Officier de carrière, le capitaine Catez succombe à une crise cardiaque, en octobre 1887. Il laisse deux filles. L’aînée, Élisabeth, a 7 ans et 3 mois.

La souffrance de leur mère a bouleversé les deux enfants au cœur passionné. L’une et l’autre veulent la consoler. L’une et l’autre, par ailleurs, ont perçu dans la foi, avec une semblable acuité, la réalité de la vie éternelle où leur père les a précédées.

Chez l’une comme chez l’autre, le dynamisme de la volonté soutient la « détermination » que leur a dictée, dans un même mouvement, l’amour de leur mère et la grâce de Dieu.

– Cette enfant vivait pour moi après Dieu, a témoigné Mme de Guigné.

Et le chanoine Angles, grand ami de la famille Catez : « Ses yeux, Elisabeth les avait sans cesse fixés sur sa mère et sur Dieu. »

Chez les deux enfants, le désir de la première communion eucharistique – à 10 ans et 9 mois, pour Elisabeth, à 5 ans et 11 mois, pour Anne – est un attrait puissant qui stimule et soutient leur effort. Ni l’une ni l’autre, par ailleurs, ne dissocient leur désir effectif de répondre à l’appel du Seigneur et de faire plaisir à leur mère. Un même accent se retrouve dans les lettres naïves où elles expriment à la fois leur tendresse humaine, et leur détermination surnaturelle.

« Chère petite Mère, écrit Elisabeth, je te souhaite tout ce que tu peux désirer… Je vais devenir une petite fille douce, patiente, obéissante, appliquée et ne se mettant jamais en colère… Et comme j’espère que j’aurai bientôt le bonheur de faire ma première communion, je serai plus sage car je prierai Dieu de me rendre meilleure. »

« Chère Maman chérie, écrit Anne, j’aime vous de tout mon cœur. Je serai toujours très sage pour faire plaisir au cher petit Jésus et pour faire plaisir à Maman. Le petit Jésus, il me semble qu’il m’a répondu dans mon cœur. Je disais que je voulais être bien obéissante et il m’a semblé qu’il me disait : oui sois-le. »

On décèle chez les deux enfants la même résonance à la parole du Christ : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. » Une expérience personnelle paraît bien leur avoir révélé très tôt le sens et la portée de cette affirmation de Jésus.

Même transformation frappante, chez l’une et l’autre enfant, à partir de la première communion.

Aussi formelle que l’affirmation de l’abbé Grégoire au sujet d’Anne, est celle de Mme Catez au sujet d’Élisabeth : « À partir de ce jour, plus de colères. »

Une intimité personnelle, rayonnante, avec le Christ, se remarque de très bonne heure chez les deux enfants, et frappe leur entourage.

– À 6 ans, dit Mlle Gremeaux, son institutrice, Elisabeth frappait déjà par son recueillement à l’église.

– Quand je suis bien recueillie, Jésus me parle, convient la petite Anne.

– « J’écoute sa voix au fond de mon âme », écrit Elisabeth. 
Mme Catez avoue l’émotion qui la saisit, « en voyant son enfant si recueillie ».

– Cette enfant ne perdait jamais le sentiment de la présence de Dieu, m’a dit Mme de Guigné, en parlant de sa fille.

L’attrait personnel de Dieu est évident chez les deux enfants ; il se traduit par un désir ardent de le mieux connaître grâce aux cours de catéchisme, par une véritable faim de la rencontre eucharistique.

« Jésus m’a nourrie », déclare Elisabeth, le jour de sa première communion.

« Oh ! oui, j’aime la messe ! Et puis, voyez-vous, c’est une communion de plus », affirme Anne, spontanément.

On sait à quel point toutes deux ont frappé ceux et celles qui se trouvaient auprès d’elles au moment où elles communiaient au corps du Christ.

« Quand on a vu Anne communier, on ne peut plus l’oublier ! » m’a affirmé cette personne rencontrée à Annecy-le-Vieux, en 1950.

« On ne peut expliquer le visage d’Élisabeth, quand elle revenait de la communion », m’a dit, non sans émotion, sa plus intime amie, Marie-Louise Hallo, en 1967…

Les quatre enfants de Guigné

Les quatre enfants de Guigné vers 1918.

Les petites amies d’Anne, comme celles d’Élisabeth, sont frappées de les voir passer, l’une et l’autre, avec une simplicité étonnante, d’une conversation animée au recueillement le plus authentique, lorsque, au cours d’une promenade, elles entrent ensemble dans une église.

À leur insu, les deux fillettes, si pleines d’entrain dans les jeux, deviennent un témoignage vivant ; on sent qu’elles parlent à quelqu’un, à un Ami présent, qu’elles rencontrent et avec qui, un moment, elles s’entretiennent simplement, en vérité.

De cette intimité que rien, finalement, ne vient interrompre dans leur être le plus intime, naît en elles le désir de ne jamais se séparer de l’Ami. De ne jamais contrister volontairement Celui qui, dans leur vie, déjà, a pris la première place. C’est le don de Crainte – de crainte filiale – qui les avertit de ne jamais mettre un obstacle, si petit soit-il, au souffle de l’Esprit. D’où l’attrait qu’elles éprouvent, par le dedans, pour le sacrement de réconciliation. Leur faiblesse, elles l’ont reconnue. Leurs fautes, elles les discernent dans la clarté de Dieu. Se faire pardonner ces fautes n’est jamais pour elles une corvée, c’est un besoin de leur être. Plus Dieu les attire à lui, plus elles se veulent, face à son infinie pureté, transparence et limpidité.

Car, ce goût de Dieu est, chez l’une et l’autre, bien autre chose qu’une affaire de sensibilité. « La petite étincelle d’amour » que le Seigneur a allumée dans leur cœur, les conduit, déjà, vers une véritable union. Et l’amour qui a pris naissance en elles, parce qu’il est un amour vrai, a besoin, nécessairement, de se prouver, de s’exprimer.

Se prouver par une écoute toujours plus attentive à Dieu, pour n’avoir plus avec lui qu’une seule volonté.

S’exprimer par une ouverture aux autres réelle, un don de soi sans tricherie, fût-ce aux dépens des plaisirs, des satisfactions personnelles les plus légitimes.

Anne abandonne un montage de carton minutieux, pour répondre immédiatement à un appel de sa mère. Elle sacrifie la joie d’une promenade qui la tente « pour amuser les petites sœurs »… Elle abandonne toujours aux autres le choix des jeux qu’ils préfèrent. Pour répondre aux désirs de Jacques, plus d’une fois, elle devra se faire violence.

Même attitude de disponibilité dans le comportement d’Élisabeth. La voici, avec Marie-Louise, et toute une bande d’amis réunis chez les parents de l’un d’eux, à Dijon. À quoi va-ton jouer ? Les avis sont partagés. Opposés. Vive discussion. La dispute est près d’éclater. Et, tout à coup, Elisabeth de trancher le débat

– Ce que nous sommes sottes ! Le jeu de Louise est bien plus amusant que le mien. Commençons par là.

« Surprise, je la regardais, avouera l’une de ses amies. Ses yeux étaient pleins de larmes, ce qui me fit réaliser son effort pour céder. »

« Que de fois l’ai-je vue, a noté une autre de ses compagnes, se mordre les lèvres pour ne pas répondre à un reproche, pour réprimer une saillie joyeuse, ou attendre que les autres aient donné leur avis avant d’exprimer le sien. Pourtant, elle aimait à organiser les jeux et à donner l’impulsion autour d’elle. »

Longtemps, Elisabeth et Anne ont eu à lutter, dans un acte de volonté, qui était en même temps un acte d’amour, contre la violence de leur tempérament.

« Étant toute petite, écrit Mme de Guigné, Anne accompagnait chaque renoncement de ces mots : Je fais mon sacrifice. Mais, en grandissant en perfection, elle s’appliquait au contraire à faire passer inaperçues ses constantes mortifications. Si on l’observait, on voyait une légère rougeur colorer ses joues, mais elle ne disait rien. Et, à la fin de sa vie, elle accomplissait ces actes avec une telle aisance qu’il était presque impossible de s’en rendre compte. »

De son côté, Mme Catez a noté :
 « Je me rappelle encore une occasion où Elisabeth avait le droit de s’impatienter. Le combat dut être violent, car je vis deux larmes couler sur ses joues, et je fus subjuguée par sa douceur, admirant le travail de la grâce, puis son esprit de sacrifice. »

Anne et Jacques de Guigné 1913

Anne avec son frère Jacques vers 1913.

Un même sens personnel de la transcendance de Dieu, comme de l’œuvre rédemptrice accomplie par le Christ, se retrouve sous des formes identiques chez Anne et chez Elisabeth.

L’une et l’autre ont compris, très tôt, le rôle de l’ascèse dans tout cheminement authentique vers Dieu : celui d’une libération de notre égocentrisme inné pour une écoute plus vraie, un amour plus effectif, et vis-à-vis de Dieu, et vis-à-vis des autres. Volontiers, elles multiplient les pénitences à leur taille. Pourquoi ? Serait-ce dans le désir inconscient de réaliser des performances dont leur vanité tirerait profit et gloriole ? Certainement pas.

Bien plutôt, il semblerait qu’ait résonné en l’intime de leur cœur la directive que la Vierge de Massabielle, en 1858, exprimait à une autre enfant, Bernadette Soubirous, sainte Bernadette.

« Priez pour les pécheurs, lui a dit Notre-Dame. Pénitence. Pénitence. Pénitence. »

Comme Bernadette, Elisabeth et Anne, parce qu’elles ont le sens de Dieu, ont le sens du péché. Non pas du péché qui culpabilise l’être humain que nous sommes. Mais du péché qui, seul, finalement, est le plus grand obstacle à notre épanouissement comme à notre bonheur, puisque, seul, il peut nous séparer de Dieu qui demeure notre fin ultime.

Si le Christ est mort, c’est pour nous rendre libres. Libres du péché, et capables de réaliser en plénitude notre vocation d’homme, dans ce monde et dans l’autre.

À la suite de tous les saints, Anne et Elisabeth ont compris, sous la motion de l’Esprit, le sens positif du renoncement assumé, non par contrainte, mais par amour, à la suite du Christ qui a voulu traduire son amour pour nous « jusqu’à la mort, et la mort sur une croix » (Ph 2, 8).

« Nous pouvons bien souffrir pour Jésus, puisque Jésus souffrit pour nous », a écrit la petite Anne.

« Pour moi, vous avez voulu mourir, pour vous, Jésus, ne puis-je souffrir ? » a écrit Elisabeth.

Si jeunes qu’elles soient alors, l’une et l’autre, il semble qu’elles veuillent prendre à leur compte la très forte expression de saint Paul dans la lettre aux Colossiens (1, 24) : « Je complète dans ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps qui est l’Église. »

Comme elle souhaitait partager avec son frère, ses sœurs, ses amies, la joie profonde de son intimité avec le Seigneur, Anne aurait voulu voir revenir à Dieu tous ceux qu’elle savait éloignés de lui. Et le vieux Savoyard d’Annecy doit, peut-être, à la prière confiante et à la générosité d’une enfant, la joie bienheureuse de son Éternité.

À Dijon, au cours d’une « mission » donnée en l’une des paroisses de la ville, Élisabeth a pris à cœur, elle aussi, le cas presque désespéré d’une Bourguignonne qu’elle connaît, et qui, de plus en plus, paraît se séparer du Seigneur.

Sur son cahier intime, elle a noté : « Je redouble de prière pour la mission, et particulièrement pour la conversion de cette âme, que je veux absolument ramener à Dieu. Cette idée me poursuit jour et nuit. »

« Maman, il faut absolument que nous allions prier encore, avait dit Anne à sa mère. Je veux obtenir que le vieux Louis se confesse. »

Ainsi en avait agi, quelques années plus tôt, une autre enfant, Thérèse de Lisieux, au sujet de Pranzini.

« En ceux qui sont possédés par Dieu – avait expliqué saint Jean de la Croix – l’ardeur et la force de leur charité est de telle sorte qu’ils ne peuvent retomber sur eux-mêmes, ni se contenter de leur propre et seul avantage. Mais bien plutôt, parce qu’il leur semble que c’est peu de chose d’aller seuls vers la possession éternelle de Dieu, ils cherchent avec une véritable anxiété, avec un amour qui leur vient du Seigneur, à emmener au ciel avec eux un grand nombre d’âmes. Et ce besoin naît du grand amour qu’ils ont pour leur Dieu : c’est là le fruit propre, et la conséquence de l’union à Dieu dans l’oraison. »1

Comment affirmer plus clairement que, chez tous ceux qui sont mus par l’Esprit Saint, le plus pur esprit apostolique prend nécessairement toute sa dimension, et trouve, finalement, sa plus grande efficacité ?

Encore que la fin du XIXe siècle, et le début du XXe aient été marqués d’un certain “dolorisme” religieux, déviation regrettable dont les conséquences ont amené de nos jours une réaction parfois excessive dans le sens opposé, il est à noter que, sous l’action de l’Esprit – l’Esprit de vérité – Anne et Elisabeth ont su, comme d’un coup d’aile, éviter l’écueil dangereux. Ni l’une ni l’autre n’ont “cultivé” l’ascèse pour l’ascèse, le sacrifice pour le sacrifice, la souffrance pour la souffrance. Elles les ont jugés pour ce qu’ils sont : des moyens, non pas une fin. Si elles les ont intégrés à leur vie, c’est dans une perspective qui, les dépassant infiniment – au sens propre du mot – leur garde leur relativité : la perspective de la Gloire de Dieu.

Elisabeth, attirée vers le Carmel depuis son enfance, découvrira l’essence même de sa vocation dans la Lettre de saint Paul aux Éphésiens (1, 1-6) : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ… qui nous a élus dans le Christ, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, à la louange de gloire de sa grâce ! » Et son être tout entier, en dépit de la souffrance, exultera de joie.

Avant ses 8 ans, Anne est saisie par la louange de gloire qu’est la doxologie du Gloria Patri. Dans une véritable allégresse, elle en répète les mots à haute voix. Et, lorsqu’on lui demande pourquoi, dès ses 10 ans, elle envisage de devenir un jour carmélite, sa réponse jaillit, directe, spontanée, comme une chose allant de soi : Mais, pour la gloire de Dieu !

Il n’est pas étonnant, dès lors, que l’une et l’autre aient eu comme l’intuition de ce qu’est la paternité de Dieu, toute-puissante et toujours aimante, même quand son expression déconcerte notre raison humaine.

– Je comprends bien qu’on ait de la peine, mais pourquoi s’inquiéter puisque Dieu est là, fait remarquer Anne.

Et la jeune carmélite, qui a payé si cher son entrée dans la vie religieuse, et qui déjà en pressent la fin, entrevoit sans se troubler l’éventualité de quitter le carmel, si les lois de séparation en viennent à exiger l’expulsion de tous les religieux et religieuses de France. Son état de santé ne lui permettrait pas alors de suivre à l’étranger sa communauté.

– Eh bien ! si c’est la volonté de Dieu, Maman, j’irai mourir chez toi.

C’est que, ainsi que l’affirme saint Paul aux Romains (8, 14-15) : « Tous ceux qui sont mus par l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait crier Abba Père ! »

Et les vrais enfants de Dieu ne sauraient se payer de mots. Elisabeth et Anne l’ont prouvé, face à la souffrance. Ce qu’elles avaient exprimé comme le jaillissement limpide de leur vie la plus profonde, elles l’ont vécu jusqu’au bout, sans histoire, sans reprise…

Elisabeth Catez et sa sœur Guite 1889

Elisabeth et sa sœur Guite (été 1888).

Pour l’enfant de 10 ans et demi, pour la carmélite de 26 ans, la mort, c’est à la fois le détachement des êtres aimés qu’on va laisser, un temps, derrière soi – pour l’une et l’autre celui de leur mère, très particulièrement – et l’union effective au Christ achevant sa vie dans une oblation volontaire, pour l’amour de son Père et la rédemption du monde.

Et c’est, en même temps, l’aube du bonheur explicitement désiré, de la rencontre définitive, éternelle, avec Dieu.

Dans cette triple perspective, Elisabeth et Anne supporteront avec une patience étonnamment sereine les souffrances aigus d’une maladie qui semble, de façon prématurée, « déchirer la toile » de leur vie terrestre.

En fait, parce que l’une et l’autre ont su « exercer en cette vie les actes d’amour » elles ne pouvaient « demeurer longtemps sans voir Dieu ».2

Rien de sensationnel dans leur vie, somme toute, banale. Rien de spectaculaire qui les ait distinguées des filles de leur temps. Simplement, elles ont, l’une et l’autre, vécu « sous la motion de l’Esprit ».

Elles ont découvert et rencontré Dieu et les autres.

1 Saint Jean de la Croix, Conseils de spiritualité.

2 Saint Jean de la Croix, La vive flamme, str. I.

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