Troisième objection

L’emploi fréquent d’expressions puériles comme « le petit Jésus », « son cher Jésus », ne fait-il pas craindre qu’Anne de Guigné soit restée au stade d’une piété – non seulement d’enfant –, mais “infantile” ?

 

L’objection n’est pas sans importance ! Elle serait même très grave si elle traduisait, de fait, dans l’âme d’Anne de Guigné, une conception puérile de Dieu et du Seigneur Jésus, une piété infantile.

Il est certain aussi que cette objection monte facilement à l’esprit du lecteur non averti, nous l’avons constaté plus d’une fois.

Déjà la Revue diocésaine d’Annecy (1956), traitant de la “spiritualité” d’Anne de Guigné, soulevait la question :

« Anne était une enfant, c’est vrai. Elle s’est exprimée avec des mots d’enfant. Certains lecteurs se laissent même rebuter par le langage de cette petite fille qui parle de son « cher Jésus », de son « cher Petit-Jésus ». Mièvreries, pensent-ils ! Mais Anne pouvait-elle employer un autre langage que celui qui est propre à son âge ? »

Oui, la réponse est là, et nous y reviendrons. Mais qu’il nous soit permis, déjà de revendiquer le bien-fondé théologique de ces expressions et la façon dont l’Église elle-même, dans sa liturgie de Noël en particulier, nous tourne vers Jésus-Enfant, vers Jésus Tout-Petit, dans les termes d’immense tendresse qu’elle a pris à son compte pour certains offices comme celui du Saint-Nom-de-Jésus !

Agnès Goldie, après avoir cité Stanislas Koska, saint Antoine de Padoue, Thérèse de Lisieux pour revendiquer le droit de parler du « Petit-Jésus », ajoute ceci : « Pas plus qu’eux tous, Nénette ne sépara le Petit-Jésus de Bethléem du grand Jésus du Golgotha. »

« Pour moi, écrit Demoise, je n’oublierai jamais ce simple geste du Signe de la Croix que je lui vis faire si souvent, mais avec une conviction si profonde qu’on voyait en elle la réalité de sa foi et de son amour. » La même Demoise écrivait récemment : « Oui, Nénette est restée une humble enfant ; donc, pour elle, Dieu qu’elle aime, qu’elle respecte est bien Père, mais elle parlait surtout du « Bon Jésus », elle disait aussi « le Bon Dieu ». Quel témoignage plus formel souhaiterait-on ?

En outre, tout le contexte de la vie d’Anne de Guigné prouve surabondamment que rien n’était puéril : ses expressions de tendresse n’altéraient en rien sa véritable maturité spirituelle… un homme de cinquante ans cesse-t-il d’être adulte lorsqu’il dit à sa mère : « Ma petite Maman » ?

anne-de-guigne-expressions

Ce qui est merveilleux, c’est précisément qu’Anne est une petite fille, qu’elle s’exprime en petite fille, que partout déborde le charme de l’enfance, de l’esprit d’enfance qu’elle n’avait pas à acquérir, mais qu’il lui suffisait de vivre tout naturellement ! Il faut donc souligner avec insistance que si la piété d’Anne fut celle d’une enfant, cependant on y trouve les marques d’une maturité exceptionnelle, inexplicable, d’ailleurs, sans la lumière et la motion du Saint-Esprit. Comment ne pas rappeler ici cette assertion de l’Osservatore Romano (5 novembre 1954) : « Il nous reste d’elle certaines notes, – stupéfiantes si l’on considère son âge –, et qui semblent avoir été dictées par un adulte au sommet de la vie spirituelle. »

Quelles lumières en effet, dans cette âme d’enfant qui disait : « Le Petit-Jésus… »

– sur la Sainte Trinité et le Gloria Patri

– sur le rôle de la souffrance dans l’économie du salut…

– sur la place de la Sainte Vierge dans la Rédemption…

– sur l’Adoration silencieuse, le Recueillement, l’Amour…

– sur la Vocation à la vie religieuse et sa préparation par le sacrifice et pour « la Gloire de Dieu » !

anne-de-guigne-expressions

Nous ne pouvons mieux faire, pour résumer notre “plaidoyer”, que de reprendre une page de la Revue diocésaine d’Annecy (1956) :

« Anne est morte à l’âge où les enfants ne songent encore qu’au jeu. Si Anne elle-même jouait avec ses frère et sœurs peu avant sa mort, sur le plan spirituel, cependant, elle était déjà adulte. L’âge “spirituel” du chrétien ne correspond pas nécessairement au nombre des années. Combien d’adultes ne sont encore que des enfants sur le plan spirituel !

Le cas d’Anne de Guigné apporterait, s’il en était besoin, une preuve de plus en faveur des décisions de l’Église sur la Communion et la Confirmation des enfants.

Dans l’évolution spirituelle d’Anne de Guigné, on distingue assez nettement les trois étapes que suivent les mystiques dans leur ascension vers Dieu.

– Une première étape va de sa “conversion” à sa première communion, phase d’effort et de générosité active et pénible.

– À partir de sa première Communion, une phase illuminative commence “où la douceur de l’Amour se révèle à son cœur d’enfant”. “Le monde surnaturel, c’était le monde où elle vivait”, dit son confesseur.

– Une dernière phase très courte d’union transformante achève cette évolution. La Mère Saint-Raymond, sa catéchiste, caractérise ainsi cette dernière période : “Pleine du Saint-Esprit, elle goûtait les choses de Dieu. Quand on lui parlait, sa physionomie expressive s’éclairait d’une joie céleste ; la prière faisait son bonheur… Déjà on la sentait plus haut que toutes les vanités de ce monde. Son cœur tout à Dieu n’avait qu’un souci, lui plaire en tout. Et d’un élan généreux, elle saisissait toutes les occasions de donner au Seigneur, et cela, sans affectation ni contention. Son âme dilatée par la charité s’épanouissait de plus en plus… Le bien qu’elle possédait, elle voulait le communiquer ; de là son zèle ardent pour la conversion des pécheurs, et, pour ceux qui avaient le bonheur de vivre avec elle, toutes les prévenances de la plus délicate charité” ».

Qui donc oserait parler encore de “piété infantile” !

 

Deuxième objection Quatrième objection

Site officiel de l’association

Les Amis
d’ Anne de Guigné

Nous soutenir

Rechercher

Plus d'articles